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Presse C2E

Suspendre les CEE pour baisser le prix du carburant : une fausse bonne idée ?

Par Christophe, expert en transition énergétique et Certificats d’Économies d’Énergie (CEE).

La flambée des prix du carburant, exacerbée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, relance le débat sur la suspension des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE). Certains y voient une solution pour alléger immédiatement le budget des ménages à la pompe. Pourtant, une analyse approfondie montre que cette mesure aurait un impact limité sur le pouvoir d’achat, tout en fragilisant les dispositifs qui permettent justement de réduire la dépendance aux énergies fossiles.

1. Un gain à la pompe marginal : 10 € par mois pour les automobilistes

D’après les données de la Service des données et études statistiques (SDES), le coût des CEE répercuté à la pompe est estimé à 17 centimes par litre en moyenne. Pour un automobiliste roulant 12 000 km par an (soit 1 000 km/mois) avec une consommation de 6 L/100 km, cela représente 60 litres par mois.

Calcul :

  • 60 L × 0,17 € = 10,20 €/mois

Une suspension des CEE permettrait donc une économie d’environ 10 € par mois pour un automobiliste moyen. Un gain réel, mais modeste, surtout face à la volatilité des prix du carburant, qui peut varier de plusieurs dizaines de centimes en quelques semaines.

→ Une mesure symbolique, mais pas une solution structurelle.

2. Les CEE : un levier clé pour la transition énergétique et la mobilité décarbonée

Si l’impact à la pompe est limité, les CEE jouent un rôle stratégique dans la transition énergétique, notamment via le financement des aides à l’achat de véhicules électriques et des travaux de rénovation énergétique.

A. Des aides massives pour l’achat de véhicules électriques

En 2026, le dispositif "Coup de pouce VE" (véhicule électrique) offre des subventions pouvant atteindre :

  • 3 500 € pour les ménages classiques
  • 4 700 € pour les ménages modestes
  • 5 700 € pour les ménages en précarité énergétique

À cela s’ajoute un bonus écologique de 1 200 à 2 000 € si la batterie est fabriquée en Europe (source : Ministère de la Transition écologique).

Exemple concret : Un ménage modeste achetant une Renault Zoé (prix catalogue : ~30 000 €) peut bénéficier d’une aide totale de 7 700 €, réduisant le coût réel à 22 300 € – soit un prix comparable à celui d’une voiture thermique équivalente.

→ Sans les CEE, ces aides seraient menacées, rendant l’électrique moins accessible.

B. Le leasing social : une solution pour les ménages sans apport

Pour ceux qui ne peuvent pas acheter, les CEE financent le "leasing social" :

  • Jusqu’à 7 000 € d’aide pour louer un véhicule électrique neuf
  • Loyers plafonnés à 200 €/mois (voire 140 € pour certains modèles)
  • Aucun apport initial requis

→ Une alternative concrète pour les ménages modestes, qui évite l’endettement tout en réduisant leur facture énergétique.

C. Une stabilité énergétique face à la volatilité des prix du pétrole

Contrairement aux carburants fossiles, l’électricité est moins sensible aux crises géopolitiques. Les consommateurs peuvent souscrire à des contrats à prix fixe, sécurisant leur budget énergie sur le long terme.

→ Les CEE permettent de sortir d’une dépendance coûteuse et instable au pétrole.

3. Les CEE : bien plus qu’un coût à la pompe

Au-delà de la mobilité individuelle, les CEE financent aussi les investissements vertueux pour les entreprises de transport de marchandise ou de personnes:

  • Véhicule électrique ou thermique performant,
  • Télématique,
  • Contrat de maintenance pneumatique,
  • Formation éco conduite,
  • ….

→ Ces mesures réduisent durablement l’impact environnementale de ces activités critiques pour les Français, et ont un impact indirect bien au-delà des 10 €/mois économisés à la pompe.

4. Suspendre les CEE : un choix court-termiste aux conséquences lourdes

Problème n°1 : Une mesure inefficace face à la hausse des prix du carburant

  • Les 17 ct/L des CEE représentent une faible part du prix à la pompe (environ 1,5 % du prix actuel).
  • Les taxes sur les carburants (TICPE) pèsent bien plus lourd (environ 60 % du prix), mais leur suppression serait politiquement et budgétairement impossible.

Problème n°2 : Un affaiblissement des aides à la transition énergétique

  • Sans les CEE, les primes à l’achat de véhicules électriques, les investissements des entreprises (industrie, transport) les aides à la rénovation seraient menacées.
  • Les ménages modestes, qui en bénéficient le plus, seraient les premiers pénalisés.

Problème n°3 : Une dépendance accrue aux énergies fossiles

  • La France importe 99 % de son pétrole (source : DGEC).
  • Une suspension des CEE maintiendrait cette dépendance, alors que l’électrification du parc automobile est un enjeu de souveraineté énergétique.

5. Conclusion : Mieux vaut investir dans la transition que dans des mesures symboliques

La suspension des CEE pour baisser le prix du carburant relève d’une logique court-termiste : ✅Gain immédiat : 10 €/mois pour les automobilistes. ❌Coût à long terme :

  • Affaiblissement des aides à la mobilité électrique et à la rénovation.
  • Maintien d’une dépendance coûteuse et instable au pétrole.
  • Perte de souveraineté énergétique.

La vraie solution ?

  • Accélérer le déploiement des bornes de recharge pour faciliter l’adoption des véhicules électriques.
  • Renforcer les aides à la rénovation pour réduire la facture énergétique des ménages.
  • Renforcer les aides à l’investissement pour les entreprises (industrie / transport)

→ Plutôt que de sacrifier les CEE, il faut les utiliser comme un levier pour construire une mobilité et une énergie plus durables et moins chères sur le long terme.

Références

Et vous, pensez-vous que la suspension des CEE est une bonne idée ? Partagez nous votre avis!

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